Peu connue des Français, la Slovénie inspire aux Parisiens rencontrés par Slow Media des sentiments diffus. Suscitant aussi bien des envies d’évasion vers une destination verte que des souvenirs d’ex-Yougoslavie, ce petit pays d’Europe centrale peine à s’ancrer dans les esprits. En témoignent de fréquentes confusions géographiques.
Dans les rues de Paris, rares sont ceux qui, sans hésiter, situent correctement la Slovénie sur la carte. Comme si, coincé entre l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie, ce petit pays d’à peine deux millions d’habitants peinait à se faire une réputation en France. Même s’il est considéré comme l’Etat le plus riche des Balkans depuis sont indépendance en 1991. «Ça fait partie des pays baltes, c’est bien ça ?», tente par exemple Grégoire, collégien en classe de quatrième, bien peu sûr de son coup.
Une confusion phonético-géographique entre pays baltes et Balkans que le jeune homme n’est pas seul à commettre, loin s’en faut. Nombre de jeunes et de moins jeunes croisés en cette douce soirée de printemps se sont fourvoyés sur le sujet. C’est que les petits pays de l’ancien bloc de l’Est forment dans certains esprits une nébuleuse indistincte, un écheveau difficile à démêler.
Il arrive que les devoirs d’école ne servent pas qu’aux écoliers. Marie, assistante maternelle rencontrée dans un square, s’en amuse : «Si j’arrive à peu près à la situer sur une carte, c’est uniquement grâce aux cours de géographie de mes filles : typiquement, je sais que la capitale est Ljubljana par ce biais-là !». Les hypothèses vont bon train chez d’autres interlocuteurs interrogés. Riga, Sarajevo, Reykjavik… Beaucoup s’approchent sans toucher la cible.
Un pays couvert à 60% par la forêt
Souvent l’approximation se révèle un terreau fertile à l’imagination. Chloé, étudiante en sciences du langage âgée de 19 ans, lâche dans un sourire généreux : «La Slovénie, je sais juste que c’est un pays d’Europe de l’Est mais personne de mon entourage n’y est déjà allé. Je ne sais pas pourquoi, je m’imagine un pays assez vert, avec beaucoup de forêts.» Une intuition bienvenue : la Slovénie est l’un des pays les plus boisés d’Europe, 60 % de son territoire étant recouvert de forêts. Sa nature préservée – 40 parcs et réserves du pays abritent 20 000 espèces végétales et animales – attire de plus en plus les adeptes du tourisme vert.
C’est le genre de pays dont on sait qu’ils ont acquis leur indépendance à la chute du bloc soviétique, mais dont on ne sait pas bien où en est leur intégration à l’Europe
«Des amis y sont allés récemment pour les vacances et m’en ont dit beaucoup de bien. Il y a des lacs, des forêts, de la montagne… Les photos qu’ils m’ont montrées donnaient très envie, lâche Alain, ingénieur chez EDF. Je vois bien ce pays devenir une destination touristique de premier plan, demain, comme aujourd’hui la Grèce et la Croatie.» Manière d’adouber sans le vouloir les guides de voyage, prompts à vanter les mérites d’un pays aux mille joyaux, entre paysages alpins, cités médiévales et autres merveilles naturelles et patrimoniales. «Je crois que la côte adriatique est parsemée de villages tous plus magnifiques les uns que les autres !», enchérit Stéphanie, rencontrée à la terrasse d’un café. Elle aussi se fait l’écho de l’expérience d’un proche, en l’occurrence son petit frère qui s’y est rendu il y a quelques années, juste avant la pandémie de Covid.
Au-delà du tourisme, la Slovénie ravive immédiatement, chez les plus anciens, la mémoire d’une Europe révolue, celle scindée par le rideau de fer. «Cela me rappelle surtout la Yougoslavie et le communisme, qui a manifestement été abandonné au profit de valeurs sans doute plus libérales», confie Christian, ex-cadre dans la réassurance à la retraite. La Slovénie a beau faire preuve, et de longue date, d’une stabilité politique pérenne, son nom évoque toujours, pour beaucoup de Français de la génération de Christian, le souvenir des plaies d’une Yougoslavie déchirée. En l’espèce, pour la Slovénie, la courte guerre d’indépendance qui dura dix jours, du 27 juin au 7 juillet 1991.


Un déficit de notoriété
Côté histoire, Lise ne cache pas son incertitude : «C’est le genre de pays dont on sait qu’il a acquis son indépendance à la chute du bloc soviétique, mais dont on ne sait pas bien où en est leur intégration à l’Europe. La Slovénie fait-elle partie de l’Union européenne ?», questionne d’ailleurs la peintre de 43 ans. C’est le cas depuis plus de vingt ans. Entrée dans l’UE en 2004 en même temps qu’elle rejoignait l’OTAN, la Slovénie a ensuite adopté l’euro en 2007, devenant le premier pays de l’ancien bloc de l’Est à intégrer la zone euro.
De tous ces échanges improvisés, il ressort nettement que, vue de France, la Slovénie souffre d’un déficit de notoriété. Faut-il l’imputer à son faible poids diplomatique ? A un manque de personnalités à la renommée internationale ? Qui sait, peut-être la popularité croissante de Tadej Pogacar, triple vainqueur du Tour de France, poussera-t-elle les Français à vouloir découvrir la «petite Suisse des Balkans». Peut-être s’ancrera-t-elle alors un peu mieux dans leur imaginaire.

